« Les conditions d’une année apaisée ne semblent pas réunies dès lors que le constat est que le gouvernement opte toujours pour les stratégies bien connues du dilatoire, les menaces de réquisitions, etc».  La déclaration est du secrétaire général du Syndicat des inspectrices et inspecteurs de l’Education et de la Formation (Siens) dans un entretien qu’il nous a accordé. Pour El Cantara Sarr également, « Il est impératif que les candidats à la magistrature suprême, et au premier chef le candidat Macky Sall, s’expriment clairement sur leurs programmes en matière d’éducation et de formation et les réponses envisagées pour la correction des iniquités relevées dans le système de rémunération et de motivation des agents de la fonction publique ».
Nous sommes à l’orée d’une nouvelle année civile. Êtes-vous optimiste pour une année apaisée ?
 
Les conditions d’une année apaisée ne nous semblent pas réunies dès lors que le constat est que le gouvernement opte toujours pour la même méthodologie de traitement des revendications des travailleurs reposant sur les stratégies bien connues du dilatoire, de la communication visant à opposer des segments de la société en jetant l’opprobre sur les travailleurs,  l’intimidation avec les coupures de salaires selon un procédé contestable, des menaces de réquisitions, etc. Par ailleurs il est constant que les principales revendications des travailleurs, notamment ceux du secteur de l’éducation, reposent sur des constantes non encore vidées et qui ont pour dénominateurs communs : lenteurs administratives, équité dans le système de rémunération et de motivation des agents de la fonction publique, transparence et inclusion dans la gestion des affaires les concernant conformément aux dispositions réglementaires en vigueur, travestissement des termes du dialogue social, non-respect des engagements qui s’exprime  d’une manière flagrante par le dépassement des échéances relatives aux agendas de monitoring, rupture unilatérale des processus de négociations… En ce qui concerne les préoccupations exprimées par les membres des corps de contrôle du secteur de l’éducation et de la formation, il faut constater pour le déplorer que le mode de traitement s’inscrit dans la dynamique d’ensemble et que la crise perdure depuis le mois de mai. Tous les acteurs ont pu constater la posture de notre organisation qui œuvre de manière sincère et soutenue pour une sortie de crise respectueuse des différentes positions et sensibilités exprimées par les parties prenantes.
 
Pensez-vous être entendus ?
 
Un appel est lancé à son Excellence Monsieur le président de la République et à la hiérarchie pour une réponse appropriée qui abrégerait les souffrances occasionnées par les dommages collatéraux et rétablirait les conditions de performance. Au-delà, il est impératif que les candidats à la magistrature suprême et au premier chef le candidat Macky Sall s’expriment clairement sur leurs programmes en matière d’éducation et de formation et les réponses envisagées pour la correction des iniquités relevées dans le système de rémunération et de motivation des agents de la fonction publique. Si le pays a vraiment l’ambition de faire de l’éducation et la formation le moteur de « l’émergence », il s’avère nécessaire de s’interroger sur la motivation des conducteurs de ce moteur qui ne sont autres que les enseignants et les corps de contrôle. En attendant, il est répertorié le déclenchement de mouvements de grève (dans le secteur de la justice) et  le dépôt de préavis dans celui de l’éducation et de la formation. Quant à ce qui concerne le mouvement initié par les inspecteurs de l’Enseignement, Il a été ainsi décidé que les actions s’inscriront désormais dans une temporalité illimitée sur les segments gel des examens professionnels et supervision des cellules d’animation pédagogique ainsi que la rétention des bulletins d’inspections et des notes de contrôles continus dans les CRFPE. Et ceci jusqu’à ce que le gouvernement et le SIENS parviennent à un accord  sur les modalités de sortie de crise.
 
Avez-vous senti l’application des décisions présidentielles issues des Assises nationales de l’éducation et de la formation ?
 
En ce qui concerne  les onze décisions qui ont été arrêtées, il faut tout d’abord relever que les plus notables sont celles de réorienter le système éducatif vers les sciences et les mathématiques, développer l’alphabétisation et renforcer les langues nationales, améliorer la gouvernance tout en répondant aux besoins d’inclusion et de développement de l’enseignement arabo-islamique ainsi que son articulation au système éducatif de l’enseignement … Sur la base des conclusions des ANEF qui ont mobilisé plus de 1500 personnes ressources et environ 500 millions de FCFA, Monsieur le Premier ministre a constitué, par arrêté n° 19642 du 27 décembre 2016, un Comité interministériel comprenant un Conseil interministériel d’orientation (Cio) et un Comité technique de suivi (Cts). En dehors de ces considérations liées à l’architecture d’opérationnalisation, aucun autre élément de bilan ne peut valablement être répertorié, ce qui dénote un manque vers la traduction en actes concrets de l’aspiration légitime des communautés à faire de leur système d’éducation et de formation un vecteur d’impulsion d’un développement autocentré et respectueux de notre identité culturelle.
 
Nous entamons une nouvelle année 2019, avec une hausse de 15,47% du budget de l’éducation. Quels sont les axes prioritaires sur lesquels le  gouvernement devrait investir pour une éducation de qualité?
 
Nous voulons d’abord préciser que la quête de la qualité est un long voyage qui englobe différents aspects relevant des intrants, des processus et des résultats. De ce point de vue, il est intéressant de constater que dans le cadre du PAQUET 2 (2018-2022) dont le coût total est de 5439,5 milliards, la petite enfance ne compte que pour 2,74% et la formation professionnelle pour 14,71% de l’investissement total prévu pour cette période. Pour le budget 2019, les dépenses d’éducation représentent environ 11,69% et dans cette allocation de 476 milliards, le Titre 2 représente 74,57% ou 355 milliards ne laissant ainsi au final qu’une faible part aux investissements ou 50 milliards de FCFA. Il est ainsi évident que le traitement des questions budgétaires ne saurait se limiter à la croissance du  volume, mais doit nécessairement intégrer les variables telles que sa structuration, son efficience, sa rationalisation, sa sensibilité… Partant , il reste constant qu’une chose est le volume de la dépense publique d’éducation, sa part dans le PIB et le budget, et une autre la pertinence de l’allocation en lien avec les besoins réels de financement du secteur adossés aux problématiques ou priorités de l’heure intégrant le besoin de réorienter le financement  du système à partir de ressources endogènes. Il est aussi important de relever que les agents du secteur de l’éducation ne consomment qu’une part marginale des ressources rangées sous l’appellation « salaires payés » étant entendu que les rémunérations ne sauraient être appréhendées uniquement sous cet aspect restrictif, compte tenu que d’autres titres prennent en charge d’autres types de contreparties ou avantages parfois même en nature. Par rapport à l’input pertinent que pourrait avoir le PSE 2, nous pensons que les défis de notre système d’éducation et de formation ne peuvent passer outre une prise en charge adéquate des axes suivants. Il s’agit de l’intégration des langues nationales comme véhicule et objet d’enseignement et non plus seulement comme « béquilles »… Nous préconisons la normalisation des conditions d’enseignement et d’apprentissage dans une perspective d’équité territoriale et pédagogique (résorption des abris provisoires,  rationalisation des classes spéciales et mise en place du minimum essentiel de services intégrés…). La prise en charge pertinente des besoins en personnels qualifiés (recrutement d’enseignants et inspecteurs) et de leur formation continue doit être de mise. Le parachèvement du processus de dématérialisation dans la production des actes administratifs et l’interfaçage des différentes entités parties prenantes de la chaîne est un point nodal pour la qualité. Sans oublier la motivation et la valorisation des enseignants (en jouant sur le levier du financement notamment avec la mise en place d’un fonds minier pour l’École publique) sur les segments spatial et indemnitaire  pour faire de l’école une entité vraiment démocratique et reposant sur les principes d’inclusion et d’équité …
source:sudonline.sn

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