Considérée par certains comme étant « la matière première du 21ème siècle », l’importance de l’éducation est incontestée. Sauf qu’aujourd’hui, dans une société dominée par le savoir et surtout le chômage chronique des apprenants, celle-ci doit s’adapter au plus vite aux mutations afin de répondre aux aspirations. Ce, d’autant plus que l’ignorance constitue le terreau fertile qu’exploitent les mouvements extrémistes. Sans aucun doute, le salut viendra de la formation professionnelle et technique, non pas comme le point de chute de la déperdition scolaire, mais bien le creuset de connaissances pratiques.

En effet, la principale critique faite à notre système éducatif est qu’il accorde plus de place aux connaissances générales qu’aux compétences, c’est-à-dire, un ensemble intégré de ressources (connaissances, habiletés, attitudes) permettant d’exercer une fonction, une activité ou une tâche dans une situation donnée à un degré de performance correspondant aux exigences minimales du marché du travail. Certes, la Constitution du Sénégal garantit à tous les citoyens sénégalais le droit à l’éducation et à la formation ainsi que celui de travailler et de prétendre à un emploi. Toutefois, comme le rappelait l’ancienne directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, l’éducation est « une responsabilité partagée entre tous : gouvernements, écoles, enseignants, parents et acteurs privés ».

Autrement dit, Etat, parents, société civile, entreprises… doivent travailler en parfaite synergie afin que l’école devienne d’abord une affaire de la communauté. Au Sénégal, les recommandations formulées lors des Assises nationales sur l’enseignement technique et de la formation professionnelle, tenues du 31 mars au 2 avril 2001, avaient mis l’accent sur la promotion de la formation professionnelle et technique et son orientation vers le marché du travail. Cela signifie une implication accrue du secteur productif. En fait, la recherche du développement économique passe forcément par un capital humain avec de solides compétences et qualifications professionnelles. A notre avis, le salut viendra de la formation duale. Appelée encore formation par alternance ou formation école-entreprise, celle-ci « désigne un système de formation qui intègre une expérience de travail où la personne concernée, l’apprenant qui peut être élève, étudiant ou apprenti, se forme alternativement en entreprise privée ou publique et dans un établissement d’enseignement ». En Allemagne et en Suisse où elle est très pratiquée, cette formation a produit des résultats très probants.

Les experts citent, entre autres, « l’augmentation de la persévérance, du taux de diplomation, la baisse du taux d’abandon, un taux élevé de placement dans des emplois à plein temps et le faible taux de chômage des jeunes dans les pays offrant la formation duale ». Ces dernières années, le Sénégal a décidé de s’inspirer du modèle suisse à travers le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. Certes, le problème est pris à bras le corps par les plus hautes autorités, puisque le symposium du 6 mars 2016 avait été présidé même par le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

Récemment, le chef de l’Etat a lancé l’ambitieux programme « Ecole-Entreprise » avec comme objectif « d’offrir au monde du travail des diplômés déjà expérimentés, responsables et prêts à travailler », pour reprendre les propos de Mme Catherine Lyon, ministre suisse de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture. Il appartient ainsi aux établissements publics, surtout ceux de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (lycées et centres techniques, centres sectoriels, centres départementaux…), de s’orienter vers ce type de formation, une approche innovante et un levier d’insertion professionnelle devant apporter une réponse concrète au chômage endémique des jeunes des moins de 20 ans qui constituent 55 % de la population sénégalaise.

Former c’est bien, mais faudrait-il aussi que notre marché du travail puisse offrir des opportunités à tous ces diplômés. Ce qui suppose de revoir notre modèle économique. Il faut que le secteur privé national prenne le relais de l’Etat (qui n’a pas vocation à être le premier employeur). L’autre question, c’est sur quels types de connaissances doit-on former la jeunesse africaine aujourd’hui. Dans un monde 2.0, avec de nouveaux métiers liés à la technologie, à l’intelligence artificielle, même la formation professionnelle doit s’adapter. En effet, si l’éducation est « la matière première du 21ème siècle », la donner en est l’or…

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