Le centre de formation Kaydara dans la commune de Fimela (Région de Fatick) reste un point d’attraction et un lieu d’incubation de connaissances et de savoirs. Ce véritable ‘’Enfer Vert’’ fait de cocotiers et de diverses autres espèces végétales offre un espoir aux jeunes de ce terroir. Il est perçu comme une réponse à l’émigration clandestine à travers la formation offerte et des ’’capitaux ‘’.

Ses pensionnaires disposent à la fin de leur formation d’un lopin de terre, de semences et de plants, de la volaille et de ruminants pour un accompagnement. Le Centre est intégré au plan de développement de la commune de Fimela. Cette dernière a accepté de répondre à la démarche en leur facilitant l’accès à la terre.

Josette Loukianoff, l’une des initiateurs et promoteurs de Kaydara en faisant la genèse confie ‘’tout est parti d’une rencontre en 2007 avec l’association ‘’Jardin d’Afrique. ‘’Une ferme volonté d’assurer la formation de jeunes (garçons et filles) pour la protection de l’environnement se dessine. Ainsi, le rêve de monter un projet agro-écologique prend forme dans le but de promouvoir la promotion de l’emploi des jeunes en mettant un accent particulier sur l’auto-emploi’’.

Le projet prend le contrepied des jeunes habitués à aller en ville, à la fin de l’hivernage, à la fin des travaux champêtres ou à la suite d’un arrêt prématuré des études élémentaires ou secondaires. La lutte contre l’exode rural, selon elle, se greffe à une volonté de participer à l’employabilité des jeunes en milieu rural d’une part et d’une manière générale à la valorisation de la paysannerie sénégalaise, d’autre part.

Gora Ndiaye, mu par les mêmes préoccupations disposant d’un background extraordinaire, un capital d’expériences acquises avec l’organisation non gouvernementale ‘’Aide et Actions’’ œuvrant dans l’éducation, liste toutes ses activités et s’investit dans la mise en œuvre de ce projet.

L’ambition de mettre en place un centre de formation et d’incubation aux métiers d’horticulture et d’aviculture sur un fond de promotion socioéconomique des jeunes démarre. Son objectif essentiel premier a été de travailler à la sauvegarde des cocotiers, un patrimoine naturel incommensurable dans le Delta du Sine.

Gora, en tant que bras technique démarre la sensibilisation pour la préservation de la nature et particulièrement le reboisement. Il débute avec la mise en place d’une pépinière de cocotiers. Les cocotiers plantés en bordure de mer, constituent un foyer d’attraction extraordinaire pour les touristes et attire aussi par les revenus tirés de la vente des noix de coco.

La première promotion des pensionnaires de Kaydara (2007-2010) convainc les élus locaux de la nécessité de faciliter à un accès à la terre à l’instar d’une expérience menée à Tassette dans le département de Thiès.

Elle responsabilise les jeunes en leur cédant la terre pour les motiver et les accompagner vers l’auto emploi.
Les seconds pensionnaires de Kaydara en 2015-2016, des jeunes villageois sélectionnés ont pu après leur formation disposer de délibérations du conseil municipal leur octroyant des terres. Le centre de Kaydara dans sa mission d’accompagnement de ses pensionnaires formés pendant neuf mois leur donne un trousseau d’outillages, un capital végétal (une pépinière), un capital animal, des moutons, de la volaille et un capital semencier (des semences). Interrogés sur les apports et appuis du centre, les promoteurs reconnaissent des financements du Fonds mondial pour l’agriculture et le concours des autorités préfectorales, le concours des Eaux et des Forêts ayant assuré des formations modulaires à deux centaines de jeunes du terroir.

Des jeunes trouvés sur place et qui viennent de l’arrondissement Dioffior ont bénéficié du concours de ‘’Eau vive’’ pour la confection de 10 puits pour lutter contre un obstacle de taille pouvant compromettre leur travail et des haies vives pour leurs exploitations.

Pour Josette Loukianoff, des jeunes formés à Kaydara y reviennent et se font des entrepreneurs ruraux en profitant des mesures initiées par la commune comme la facilitation à la terre. Ainsi, six entrepreneurs ruraux sont sur le terrain et en plus participent à la vie et au fonctionnement du centre Kaydara par des apports divers comme des assistants formateurs dans des domaines comme l’aviculture, le maraîchage et l’horticulture.

Ils sont aussi les animateurs de la ferme école du centre et profitent de leurs connaissances et maîtrises du terroir pour se faire des éco-guides en accompagnant les touristes (tourisme rural intégré).
Gora Ndiaye, un des maîtres de Kaydara, met l’accent sur la spiritualité et l’éthique initiales à la vie, le code de la vie dans le contenu des enseignements dispensés.

A l’en croire, les initiatives préconisées sont de rompre avec le système agricole des exploitations familiales imposées par le colon. En plus, selon lui, la lutte contre l’érosion et la dégradation des sols restent une priorité de Kaydara. Les orientations du centre de formation sont tournées vers les productions agricoles consommées au Sénégal selon le label ‘’produire ce que nous mangeons ‘’.

Selon lui, tous les étudiants formés à Kaydara, après validation et certification, reçoivent un lopin de terre d’un hectare. Ces jeunes deviennent des entrepreneurs agricoles qui mettent individuellement des fermes ayant un puits, un kit solaire et un hectare de terre. Massamba, salue l’expérience et se glorifie des réalisations faites, la construction de sa ferme avec son habitation et l’achat d’une moto jakarta pour assurer ses déplacements.

Selon Karim Sène, le maire de Fimela, le charme de Kaydara se résume dans son appropriation, tous les habitants de la commune font corps avec le centre. En plus, les jeunes ont tourné le dos aux appels des sirènes et préfèrent se former et exploiter la terre sans aucun risque. En plus, l’attribution de lopins de terre aux jeunes entrepreneurs agricoles formés par Kaydara est une réponse à la spéculation foncière.

source: sud quotidien